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Archives de Tag: Paul Louis Rossi

Retrouvez les 154 premiers dans l’onglet “le dessin de la semaine“
2018 Semaine 45
Revue NU(e) 67, Paul Louis Rossi

D1 Paul Louis Rossi

“Anne pense qu’il est bon que je rencontre Paul.
Nous n’habitons pas loin. Cela n’a en soi aucune importance, hormis le fait de pouvoir courtoisement fixer notre premier rendez-vous sous couvert de proximité.
Paul Louis Rossi vient me chercher en bas de son immeuble prétextant un accès compliqué. S’il est vrai que les indications de portes, de codes et de cages d’escalier de cet ensemble immobilier sont un peu confuses, je perçois dans cette attention une forme de politesse, une sorte de protocole et ce malgré les deux étages sans ascenseur.
Son appartement me saisit. Il y règne une ambiance sourde d’une sobriété admirable. Les couleurs semblent comme voilées à la limite de la grisaille, conférant aux objets un aspect hors du temps.
Silence, patience, les surfaces granuleuses font écran aux désordres du quartier et sans doute aux résonnements, voire aux raisonnements, de la ville.
Par politesse Paul me laisse démarrer notre entretien. De la présentation de notre projet aux questions fondamentales que pose le dessin manuscrit en tant qu‘œuvre de l’esprit et de la main, je déroule notre propos, consciente qu’il en va de la légitimité de ma démarche. Son écoute attentive m’accompagne, son amabilité me rassure, je sens rapidement que derrière ses remarques cultivées se cache un esprit critique affûté.
Les dessins et sculptures qui peuplent son appartement me regardent. Malgré leur nombre, chacun est autonome. Ils ne sont pas exposés, ils sont, et Paul Louis Rossi les écoute dans leur singularité.
Nous parlons de ses amis artistes, nous évoquons avec égards les Hopis, nous partons à Toulon après un détour par l’île d’Yeu, nous nous arrêtons en Grèce avant de reprendre la route vers le Japon… Nous revenons sur son balcon.
Paul me montre sa collection d’orpins. Je dois reconnaître que ces végétaux ne provoquent chez moi aucun choc esthétique mais il y a quelque chose qui relève de la magie dans le fait de se retrouver sur ce petit balcon autour de quelques pots à s’émerveiller de la ténacité de la nature.

Paul, lors de la rencontre suivante, me fait faire le tour de son appartement, me montre son bureau, ses outils, ses carnets, ses dessins.
Souvent de petite taille, ses dessins sont soigneusement archivés. Si certains sont sur des feuilles libres, d’autres, plus nombreux, sont réalisés dans des carnets. Ils relèvent pour la plupart d’une observation attentive, d’une œuvre, d’un visuel, d’un objet ou d’un paysage. Cette étape de traduction graphique est d’une part le moyen de se donner le temps de regarder et d’analyser le sens profond du sujet et d’autre part de se l’approprier pour ouvrir d’autres champs imaginaires.

Les commentaires de Paul sont laconiques, il prévient des maladresses, assume ses petites victoires et parfois extrait un dessin de la pile.
“Celui ci, je le trouve plutôt réussi…“

Claire Combeau, “Une leçon de désobéissance“, Revue NU(e) 67

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PAUL LOUIS ROSSI est écrivain et critique. Il a reçu le Prix Mallarmé en 1995. Il travaille en collaboration avec de nombreux peintres comme Jean-Michel Meurice, François Dilasser, Véronique Flahault, Renaud Allirand, ainsi qu’avec les musiciens Jean-Yves Bosseur, Christian Rosset, Grégoire Lorieux.
La revue NU(e) vient de lui dédier son dernier numéro, coordonné par Marie Joqueviel-Bourjea. La version numérique est disponible sur le site Poezibao

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2017  Semaine 08
Berlin Voyage en automne, Paul Louis Rossi

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“Je me souvenais surtout d’un fragment de poterie avec une tête de femme peinte sur la paroi extérieure. Femme à la chevelure noire bleutée en couronne sur la tête, puis répandue sur l’épaule pour épouser la courbure du vase. Les boucles du front étaient soulignées d’un trait rouge vif, la peau très rose, et l’œil maquillé bleu très accentué. Le nez assez log se prolongeait vers la droite pour s’effacer doucement dans la couleur blancrème de la poterie. La bouche un peu ouverte lui donnait un air de gaieté, un sourire mystérieux éclairait la figurine.“
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PAUL LOUIS ROSSI est écrivain et critique. Il a reçu le Prix Mallarmé en 1995. Il travaille en collaboration avec de nombreux peintres comme Jean-Michel Meurice, François Dilasser, Véronique Flahault, Renaud Allirand, ainsi qu’avec les musiciens Jean-Yves Bosseur, Christian Rosset, Grégoire Lorieux.

2016  Semaine 26
Le mercredi 1er Juin An XVI, Paul Louis Rossi

Paul Louis Rossi

A cette époque, vers les cinq heures chaque matin, j’observais la montagne par la fenêtre de droite. La lumière montante peu à peu éclairait la colline et composait un dessin de nappes calcaires parmi les buissons et les arbres. Je dessinais les formes blanches sur le buffet à ma gauche. Ensuite tous les contrastes disparaissaient avec le soleil. J’en retirai une série de copies que je transformais à mesure avec des variations et des couleurs. Le dessin présenté est l’une des dernières compositions de ce thème. Fragment de montagne, moi seul en connaît l’origine. Cependant, quelque soit le degré d’abstraction, je suis certain qu’il existe dans la figure une relation secrète avec la vision primitive du matin.“
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Paul Louis Rossi est écrivain et critique. Il a reçu le Prix Mallarmé en 1995. Il travaille en collaboration avec de nombreux peintres comme Jean-Michel Meurice, François Dilasser, Véronique Flahault, Renaud Allirand, ainsi qu’avec les musiciens Jean-Yves Bosseur, Christian Rosset, Grégoire Lorieux.

 

2014  Semaine 48
L’Archipel des Vanuatu, PAUL LOUIS ROSSI, novembre 2014

PAUL LOUIS ROSSI Vanuatu

“Autrefois, il y bien longtemps, j’allais souvent marcher sur les quai du port d’Amsterdam. Je logeais chez des amis qui possédaient une collection d’œuvres des peintres de COBRA, sigle du groupe Copenhague Bruxelles Amsterdam. Ils avaient en particulier des œuvres de Lucebert : Lubertus Jacobus Swaanswick, que je rencontrerai par la suite. Je connaissais aussi un personnage nommé Lambert Terbrach, ami de Corneille. Lors d’un séjour, j’eus l’idée en cette ville d’Amsterdam de me rendre au Musée Archéologique. Les salles étaient désertes, mais il y avait une exposition assez médiocre et presque en désordre. Ce qui était étonnant dans une Ville si précautionneuse. Mais je remarquai une statue d’écorces et de bois, et j’eus l’idée, en sortant du musée, d’acheter une carte reproduisant cette figure du Musée de Leiden : Masker van boombast en hout, des îles Salomon. Il s’agissait d’un personnage coiffé d’un bonnet pyramidal surmonté d’un bouquet de lianes. Avec des yeux et en guise d’oreilles deux peintures de bois, horizontales, ornées de dessins géométriques – courbes et triangles – qui semblaient devoir équilibrer la composition.

J’ai soigneusement conservé cette figure et je me suis intéressé aux civilisations des îles Vanuatu, proches de la Nouvelle Calédonie. Je connaissais bien le Musée de la Porte Dorée à Paris, et j’ai dans ma collection une statue de terre brune et de fougères, jaune et noire, surmontée de lianes. C’est un biface à deux visages ornés de dents recourbées de cochons. En ce qui concerne l’image du Musée de Leiden, je me suis efforcé de recopier les motifs géométriques, puis de me livrer à des séries d’improvisations. Chaque série m’éloignant un peu plus du modèle original. J’avais donc des formes abstraites que je traitais sans aucune idée de représentation symbolique. Je suis navré de m’être livré si longtemps à cet exercice, mais je suis persuadé qu’il faut ajouter mon impression, dans ces compositions, que demeure la trace de l’origine, de l’esprit et de la magie des sociétés de ces îles préservées, grandes ou petites, de la destruction culturelle, égarées qu’elles sont dans l’immense Pacifique, avec des rites et des langues, avec la cérémonie de l’économie du don. Civilisations déjà décrites par Adelbert von Chamisso : L’Homme qui a perdu son ombre, dans son Voyage autour du Monde, comme naturaliste, sur le Rurik, vaisseau sous la conduite du lieutenant de la marine impériale russe, Otto von Kotzebue, de 1815 à 1818.“

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PAUL LOUIS ROSSI est poète, romancier, essayiste, critique d’art, de cinéma et de jazz.
“Je suis né à Nantes d’une mère bretonne – mes grands parents parlaient le breton de la Cornouaille – et d’un père italien du Veneto. Je suis venu à Paris travailler très jeune. J’écrivais déjà des articles pour le cinéma et la musique dans Jazz Magazine et les Cahiers du Jazz. Par la suite j’ai travaillé avec des musiciens contemporains : Jean-Yves Bosseur et récemment Grégoire Lorieux. J’ai écrit un Vocabulaire de la modernité littéraire chez Minerve en 1996 – Je suis auteur de récits : La Voyageuse immortelle ; de romans : La Villa des Chimères ; de poésies : Prix Mallarmé pour Faïences, éd. Flammarion.
Mais en ces dernières années je me suis consacré plus précisément à la peinture. Classique : Fra Angelico et Albrecht Altdorfer, chez Bayard. Ainsi que Jacques Clauzel, Gérard Titus-Carmel, Hans Arp, Marie-Claude Bugeaud, André Lambotte, Catherine Marchadour, et récemment Renaud Allirand pour les peintres contemporains. Noter Visiteur du clair et de l’obscur pour une description des œuvres du Musée des Beaux-Arts de Nantes en 2004. Je prépare avec le peintre Jean-Michel Meurice un opéra intitulé Le Pont suspendu.
Trois nouveaux livres viennent de paraître : Les Chemins de Radegonde, éd. Tarabuste, La Porteuse d’eau de Laguna, éd. Le temps qu’il fait, ainsi que Les Variations légendaires chez Flammarion.“

dess(e)ins éditions
De beaux ouvrages à découvrir, à emporter, à partager…
Disponibles auprès de l’association, règlement par chèque à l’ordre de “Les Traces Habiles”.

# Collection LES TRACES HABILES :
L’ouvrage consigne  la collection de dessins qui se constitue depuis 2011.
Mené comme une enquête sur les pratiques, les outils et les représentations des disciplines dans leurs singularités techniques et poétiques, les parcours intellectuels et gestuels des auteurs sont re-contextualisés : chaque dessin est accompagné par un texte de son auteur qui précise la finalité ou l’objectif de sa production, l’appartenance à une série ou l’unicité , le positionnement dans le processus créatif.
LES TRACES HABILES 01 : Mars 2012
Format : 18×26 cm, 160  pages, 70 reproductions couleur, 33€ TTC

# Collection CARNET RECOMPOSÉ
La collection CARNET RECOMPOSÉ présente le portrait d’une personnalité du monde des arts, des lettres, de la culture ou des sciences, réalisé à partir des traces graphiques qu’elle laisse sur le papier. Livre-objet, chaque ouvrage se présente sous la forme d’un coffret contenant 3 cahiers distincts qui présentent chacun un regard spécifique sur l’auteur.
Cahier dessin 64 pages, cahier texte 32 pages, cahier photos 16 pages, 80 reproductions couleur
Format 16×22 cm , 32€ TTC

CARNET RECOMPOSÉ / Benjamin Graindorge : Septembre  2012
Texte : Romain Kronenberg – Photos : Florian Kleinefenn

CARNET RECOMPOSÉ / Pascale Hanrot : Mai  2013
Texte : Valentine Milville, Nathalie Quintane
Photos : Matthieu Csech, Paquita Milville, Jean-Christophe Vaillant.

CARNET RECOMPOSÉ / Paul Louis Rossi : Septembre  2012
Texte : Jean-Michel Meurice – Photos : Nabil Boutros

CARNET RECOMPOSÉ / Catherine Zask : Mai  2013
Texte : Joëlle Zask – Photos : Matthieu Raffard

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L’exposition PARTITIONS est ouverte au public jusqu’au 6 décembre 2012 de 10h à 18h,
du lundi au vendredi avec une ouverture exceptionnelle le samedi 24 novembre 2012.
ENSCI : 48, rue Saint-Sabin 75011 Paris.

-> Prolongation jusqu’au jeudi 13 décembre 2012 inclus.
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Dans les phases de recherche liées à la création, la pensée, face à la complexité des données en jeu, oscille entre décomposition et re-composition. Les types de partitions retenues, leurs logiques et leurs représentations, renseignent sur le processus d’élaboration de la pensée. Qu’il s’agisse d’écriture, d’architecture, de design, de cinéma, de musique, de gastronomie, le fait de “diviser-partager“ une entité permet suivant les cas de :

• rendre compte de la complexité d’un phénomène ou d’un territoire
• raconter le déroulement d’une œuvre, d’un récit ou d’un déplacement
• visualiser les étapes d’un développement, phase, stade, avancement
• représenter des hypothèses, variations ou déclinaisons …

Se pose alors la question de la représentation !
La partition musicale se compose d’un ensemble de signes notés sur des portées distinctes, disposées les unes au-dessous des autres, de l’aigu au grave, de manière à se correspondre dans le temps.
La notation de la danse a, elle, évolué, passant de schémas qui expriment “la figure“ à la Notation Laban qui traduit par des signes les éléments constitutifs du mouvement – l’espace, le temps, le poids, la force – sur une portée verticale, la lecture verticale indiquant la successivité des mouvements et la lecture horizontale leur simultanéité.
En amont, en parallèle et parfois en réaction à ces représentations codées, certains compositeurs ou chorégraphes conçoivent leur propre écriture pour poser les bases de leur création.
Dans l’univers du cinéma, le travail de découpe du scénario est l’occasion d’introduire les premiers visuels. Il peut s’agir alors d’un simple texte annoté dans la marge ou d’un storyboard précis, composé de vignettes défilantes qui simulent les différents plans de la caméra.
Dans l’étude d’un objet ou d’un bâtiment, la compréhension et l’articulation des différentes entités
– structures, formes ou matières – nécessitent parfois des représentations fragmentaires de type “axonométries éclatées“ qui sont alors à rapprocher des “écorchés“ de médecine.
Dans le registre du paysage, les cartes et blocs-diagrammes proposent, sur la base de projections horizontales, une spatialisation du territoire.
Les historiens utiliseront les frises chronologiques, les scientifiques les diagrammes…

Le premier ensemble de dessins présentés regroupe les partitions construites sur l’échelle du TEMPS : • Les écritures de la durée, la successivité des étapes, les stades, phases ou relevés de l’évolution, naturelle ou provoquée.
• Les diverses captations du mouvement, représentations narratives, descriptives ou “prescriptives“, les codes et interprétations.

Le deuxième ensemble rassemble les démarches liées au TERRITOIRE :
• Les notations spatiales, les traductions ou constructions abstraites, imaginaires, thématiques et/ou sensibles.
• Les relevés d’itinérances : visions fugitives ou “cartes-mémoires“ qui forment un lien dynamique entre auteur, temps et espace.

Le troisième ensemble révèle les décompositions d’une ENTITÉ :
• La fragmentation des éléments constitutifs : éclatement, stratification d’un corps, objet, récit ou concept ….
• L’inventaire des déclinaisons : hypothèses, modes d’emploi, scénarios …

Recomposées en série ou présentées comme des documents autonomes, ces partitions dessinées, que nous sommes invités à déchiffrer, nous proposent de nouvelles lectures autour de projets en cours ou finalisés.

Merci aux auteurs et aux étudiants de l’ENSCI qui en révélant la part intime, parfois inachevée et souvent méconnue, de leurs productions, nous permettent de mieux saisir les enjeux de leurs partitions :
Hugo l’Ahelec, ENSCI / Béatrice Aubert, danseuse, notatrice Laban / Sybille Berger, ENSCI / Caroline Bigot, artiste et paysagiste / Henri Bony, architecte / Jérôme Boulbès, auteur réalisateur / Stefano Bulfon, compositeur / Laurent Burte, graphiste / Caroline Burzynski, ENSCI / Michel Camain, écrivain Marianne Cardon, ENSCI / Louis Clair, concepteur lumière / Edith Commissaire, architecte d’intérieur, plasticienne / Bruno de Dieuleveult, storyboarder / Apolline Fluck, designer / Matéo Garcia, ENSCI  Benjamin Graindorge, designer / Ahmet Gülgönen, architecte / Chemsedine Henriche, ENSCI / Gaël Hiétin, designer / Deborah Kupfer, ENSCI / Samuel Lacroix, designer / Sébastien Lange, metteur en scène / Etienne Lecroart, auteur illustrateur / Louise Lefebvre, paysagiste / Octavio Lopez, compositeur / Gemma Lord, ENSCI / Thibault Louvet, ENSCI / Olivier Marty, artiste paysagiste / Sophie Milenovich, designer textile / Mügluck, auteur illustrateur / Maori Murota, cuisinière / Yann Ng Joon, ENSCI / Antoine Pateau, ENSCI / Kevin Pinsembert, ENSCI / Mathias Poisson, designer plasticien /  Jean-Michel Quesne, scénographe / Claire Renard, compositrice / Paul Louis Rossi, écrivain / Bertrand Segers, architecte / Diane Sire, ENSCI / Catherine Zask, graphiste.