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2018 Semaine 45
Revue NU(e) 67, Paul Louis Rossi

D1 Paul Louis Rossi

“Anne pense qu’il est bon que je rencontre Paul.
Nous n’habitons pas loin. Cela n’a en soi aucune importance, hormis le fait de pouvoir courtoisement fixer notre premier rendez-vous sous couvert de proximité.
Paul Louis Rossi vient me chercher en bas de son immeuble prétextant un accès compliqué. S’il est vrai que les indications de portes, de codes et de cages d’escalier de cet ensemble immobilier sont un peu confuses, je perçois dans cette attention une forme de politesse, une sorte de protocole et ce malgré les deux étages sans ascenseur.
Son appartement me saisit. Il y règne une ambiance sourde d’une sobriété admirable. Les couleurs semblent comme voilées à la limite de la grisaille, conférant aux objets un aspect hors du temps.
Silence, patience, les surfaces granuleuses font écran aux désordres du quartier et sans doute aux résonnements, voire aux raisonnements, de la ville.
Par politesse Paul me laisse démarrer notre entretien. De la présentation de notre projet aux questions fondamentales que pose le dessin manuscrit en tant qu‘œuvre de l’esprit et de la main, je déroule notre propos, consciente qu’il en va de la légitimité de ma démarche. Son écoute attentive m’accompagne, son amabilité me rassure, je sens rapidement que derrière ses remarques cultivées se cache un esprit critique affûté.
Les dessins et sculptures qui peuplent son appartement me regardent. Malgré leur nombre, chacun est autonome. Ils ne sont pas exposés, ils sont, et Paul Louis Rossi les écoute dans leur singularité.
Nous parlons de ses amis artistes, nous évoquons avec égards les Hopis, nous partons à Toulon après un détour par l’île d’Yeu, nous nous arrêtons en Grèce avant de reprendre la route vers le Japon… Nous revenons sur son balcon.
Paul me montre sa collection d’orpins. Je dois reconnaître que ces végétaux ne provoquent chez moi aucun choc esthétique mais il y a quelque chose qui relève de la magie dans le fait de se retrouver sur ce petit balcon autour de quelques pots à s’émerveiller de la ténacité de la nature.

Paul, lors de la rencontre suivante, me fait faire le tour de son appartement, me montre son bureau, ses outils, ses carnets, ses dessins.
Souvent de petite taille, ses dessins sont soigneusement archivés. Si certains sont sur des feuilles libres, d’autres, plus nombreux, sont réalisés dans des carnets. Ils relèvent pour la plupart d’une observation attentive, d’une œuvre, d’un visuel, d’un objet ou d’un paysage. Cette étape de traduction graphique est d’une part le moyen de se donner le temps de regarder et d’analyser le sens profond du sujet et d’autre part de se l’approprier pour ouvrir d’autres champs imaginaires.

Les commentaires de Paul sont laconiques, il prévient des maladresses, assume ses petites victoires et parfois extrait un dessin de la pile.
“Celui ci, je le trouve plutôt réussi…“

Claire Combeau, “Une leçon de désobéissance“, Revue NU(e) 67

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PAUL LOUIS ROSSI est écrivain et critique. Il a reçu le Prix Mallarmé en 1995. Il travaille en collaboration avec de nombreux peintres comme Jean-Michel Meurice, François Dilasser, Véronique Flahault, Renaud Allirand, ainsi qu’avec les musiciens Jean-Yves Bosseur, Christian Rosset, Grégoire Lorieux.
La revue NU(e) vient de lui dédier son dernier numéro, coordonné par Marie Joqueviel-Bourjea. La version numérique est disponible sur le site Poezibao

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