C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès de François Seigneur notre magicien de la Nuit Blanche 2018 qui, il y a un an presque jour pour jour, vous avait invité à interpréter une de ses partitions à la Galerie d’architecture.

NUit Blanche n°2M

Dessins ou gribouillis ?

Ma grand-mère Agnès appelait nos dessins des gribouillis.
C’étaient nos dessins d’enfants. Mes frères et sœurs, cousins, cousines, en faisions beaucoup. Elle les rangeait dans le tiroir de la grande table carrelée de la cuisine sur laquelle nous nous installions papiers et crayons de couleur les jours de pluie ou de grande chaleur.
Pour accéder au titre de dessins, il devait manquer quelque chose mais comme les adultes étaient admiratifs de nos talents, le gribouillis a acquis sa noblesse.
Plus tard, j’ai appris à dessiner – Ecole Boulle, Mr Mente, professeur en Etudes documentaires et Perspectives. Avec ses cours astreignants, nous savions tous, plus ou moins bien, évidemment, dessiner une tranche de jambon alanguie sur une assiette posée sur un torchon à carreaux et glissé derrière une carafe d’eau dans laquelle se miroitait la fenêtre de l’atelier autant qu’un fauteuil Louis XV légèrement en biais et vue de toutes les hauteurs possibles avec ses ombres portées.
Parfois les traces étaient assez habiles et élégantes. Je n’irai pas jusqu’à la beauté mais, hors les murs, nous forcions l’admiration.
Cette admiration m’a permis de gagner très confortablement ma vie.
Les installateurs de salon de coiffure étaient très demandeurs. Roger la Frite, l’ancêtre des fastfoods, m’a permis une fortune passagère. Après quelques années de dessins alimentaires, ces chemins m’ont menés chez Claude Parent. Il devait représenter des dessins capables d’apaiser les inquiétudes populaires sur l’insertion paysagère des premières centrales nucléaires sur lesquelles il travaillait. C’était à peu près en 1970.
Jean Nouvel travaillait chez lui. En quelques mois nous sommes devenus amis et je suis devenu la main de J.N. Il gribouillait. Je dessinais.
Avec le temps, les dessins obligés au réalisme et flatteurs m’ont lassés.
Heureusement La 3D a repris la main. Reine à prix d’or elle a conquis la totalité de la représentation et comme Mr Mente ne nous avait pas appris à représenter la transparence des personnages et des arbres, ses enseignements ne valaient plus grand-chose. Ce qu’il fallait produire pour subsister était trop éloigné de l’admiration de ma grand- mère et du tiroir de la table de cuisine. Je suis retourné à mes gribouillis.

Je gribouille depuis 30 ans, j’ai réussi à faire des partitions de gribouillis pour que d’autre gribouillent à ma place et comme ils gribouillent très bien nous faisons des expositions.
Ce choix du gribouillis n’est pas un abandon ou un assassinat du dessin de représentation mais un penchant accentué pour sa spontanéité et son incertitude. Souvent difficile à lire et parfois indéchiffrable, il ouvre à l’imaginaire et l’interprétation ce que le dessin, trop souvent, ne fait que représenter.

2 octobre 2017
François Seigneur

François Seigneur a rejoint Les Traces Habiles en tant qu’auteur-associé en juin 2017.

Le dessin de la semaine
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2019 ♦ Semaine 40
nest, Ionna Vautrin

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“Ce dessin préparatoire est une des pistes de travail pour la collection “nest” – Monoprix.
Comme des vignettes interchangeables, les différents dessins ont permis de composer et de fixer le plan de la collection avant de lancer les premiers prototypes.
Celui-ci est un des premiers essais du motif qui anime l’ensemble de la collection.
Dense et broussailleux, il oscille entre une évocation végétale et animale : un pelage ou un plumage, des herbes folles ou des fleurs sauvages, une anémone de mer ou des algues dansantes apparaissent tout à tour selon l’objet sur lequel il se décline.
De l’art de la table au petit mobilier, cette collection propose une large gamme de produits s’adressant aux petits comme aux grands.”

Diplômée de l’école de design Nantes Atlantique en 2002, Ionna Vautrin a successivement travaillé pour Camper en Espagne, George J. Sowden en Italie et Ronan et Erwan Bouroullec en France. Elle ouvre son propre studio en janvier 2011 après avoir remporté le Grand Prix de la Création de la Ville de Paris. Elle collabore avec différentes marques et éditeurs tels que Foscarini, Moustache, Kvadrat, Christian Dior Parfums, Sancal, Lexon, Serralunga, SNCF, J.C.Decaux ou Monoprix…
Son travail est une rencontre entre poésie et industrie. Elle dessine des objets du quotidien dont l’ambition est d’être simple, évident mais surprenant. Ses projets associent des formes géométriques et organiques, un esprit espiègle et coloré, des usages intuitifs et fonctionnels, une présence chaleureuse et familière.”

Le dessin de la semaine
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2019 ♦ Semaine 38
Infini, Goliath Dyèvre

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“L’infini est une idée qui a un départ mais pas de fin… quand l’imaginaire se prend d’infini il part toujours de quelques points finis.
Ce dessin fait partie d’une recherche sur le concept de l’infini. Une sorte d’écho à cette occupation compulsive et absurde du vide.”

Goliath Dyèvre est designer, il vit et travaille à Paris. Il intègre L’Ecole Nationale Supérieur de Création Industrielle (ENSCI-Les Ateliers) dont il sort diplômé en 2009. En 2014, après une résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto, il commence une carrière en solo. En 2016 il effectue une résidence de recherche création en Nouvelle-Zélande avec Grégory Chatonsky. Il développe une réflexion sur l’objet à travers des projets de recherches. 

Le dessin de la semaine
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2019 ♦ Semaine 29
Les Eyzies, Olivier Marty

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“Troisième semaine de résidence en Dordogne, à suivre approximativement les rivières.
Mes dessins faisaient jusqu’ici la part belle au ciel, à l’étendue, à l’horizon.
Petit à petit ils laissent la place à des minéralités beaucoup plus ancrées dans le sol : labours, falaises, cavités, coteaux escarpés…
Au musée de la Préhistoire, on est happé par la muraille de calcaire dans lequel le bâtiment est encastré.
Alors très vite attraper une brassée de crayons 8B, et tracer cette énergie-là sur mon carnet !”

Olivier Marty est artiste et paysagiste
Le paysage est au cœur de son travail artistique. Il parcourt depuis longtemps et régulièrement des lieux de toutes sortes pour y trouver le matériau qu’il met ensuite en jeu à l’atelier. Les sites explorés sont urbains, banlieusards, ruraux, industriels… Il élabore à chaque fois une démarche d’arpentage, de collecte, de rencontres. L’expérience physique a une grande importance. Il se glisse dans les contextes, en fonction des opportunités.
Les explorations provoquent des propositions plastiques diverses. La peinture en constitue le pivot central. Elle est toujours accompagnée de dessins, souvent de vidéos. Si le dessin et la peinture évoquent la réalité des lieux de manière très allusive, abstraite, la vidéo propose un contrepoint beaucoup plus concret.
Ces travaux lui ont permis de croiser sa démarche avec celle d’autres artistes : des chorégraphes (Emmanuelle Huynh, Olivia Granville, Christine Bastin…), des musiciens (François Cotineau, Michel Maurer, Arnaud Sallé, Isabelle Olivier), des poètes (Tita Reut, Olivier Blin), des paysagistes (Elisabeth Ferron, Thierry Kandjee), etc… “

Le dessin de la semaine
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2019 ♦ Semaine 27
Expérimentation 15, Thibault Conan

dessin-15

“Ce dessin fait partie d’un ensemble de petites expérimentations de formes/textures, pour créer du volume ou de la matière à partir de simples lignes droites faites avec une règle“.

Graphiste et directeur artistique indépendant, Thibault Conan travaille depuis 2011 principalement dans le secteur culturel et artistique (affiche, identité visuelle, logo…), et print.
Il a été 5 ans à la direction artistique du magazine trimestriel de mode Citizen K International (mode, luxe, art, culture, design, lifestyle…), de 2013 à 2018.
Ses dessins sont des expérimentations graphiques et formelles, ils sont généralement destinés à rester dans ses carnets, mais peuvent influencer des créations graphiques, pour des affiches notamment.